Gestion des mots de passe en entreprise

Le mot de passe partagé sur un tableur reste la pratique la plus répandue et la plus dangereuse. Un coffre-fort d’équipe la remplace en une demi-journée.
Illustration d'un coffre-fort numérique contenant des clés

En bref. La gestion des mots de passe en entreprise repose sur trois piliers : un gestionnaire partagé plutôt qu’un tableur, une authentification à second facteur sur les accès critiques, et une procédure de départ qui révoque les accès immédiatement.

Le tableur « MDP.xlsx » sur le serveur partagé reste, à notre expérience, la pratique la plus répandue dans les PME. Il n’est pas seulement risqué : il rend toute traçabilité impossible et transforme chaque départ de salarié en chantier. Le remplacer prend une demi-journée.

Ce qui a changé dans les recommandations

Les consignes ont sensiblement évolué. On sait aujourd’hui que le renouvellement forcé tous les trois mois produit des mots de passe plus faibles, dérivés les uns des autres. Les recommandations actuelles privilégient :

  • La longueur avant la complexité : une phrase de passe longue résiste mieux qu’une suite courte de caractères spéciaux.
  • L’unicité : un mot de passe différent par service, ce qui n’est humainement possible qu’avec un gestionnaire.
  • Le renouvellement en cas de suspicion, plutôt qu’à échéance fixe.
  • Le second facteur sur tout ce qui est accessible depuis Internet.

Les recommandations officielles sont publiées par l’ANSSI.

Le gestionnaire d’équipe

Tableur partagé Gestionnaire d’équipe
Confidentialité Lisible par tous ceux qui accèdent au dossier Coffres et droits par équipe
Traçabilité Aucune Journal des consultations et modifications
Départ d’un salarié Tout est à changer Retrait d’un accès, rotation ciblée
Partage ponctuel Par e-mail ou message Lien à usage unique et expiration
Qualité des mots de passe Réutilisés, faibles Générés, uniques

Un point souvent négligé : le gestionnaire doit permettre de partager sans divulguer, c’est-à-dire d’autoriser l’usage d’un identifiant sans que la personne puisse le lire ou l’exporter.

Les comptes qui posent problème

  1. Les comptes de service utilisés par des applications, souvent créés une fois et jamais modifiés, avec des droits étendus.
  2. Les comptes administrateurs, qui ne doivent jamais servir au travail quotidien : un administrateur dispose de deux comptes, l’un standard, l’autre à privilèges.
  3. Les comptes partagés nécessaires — réseaux sociaux, portails fournisseurs, banque — qui doivent être logés dans un coffre commun avec journalisation.
  4. Les équipements réseau livrés avec des identifiants d’usine, y compris routeurs, bornes et imprimantes multifonctions.
  5. Les accès prestataires, à limiter dans le temps et à révoquer en fin de mission.

La procédure d’arrivée et de départ

C’est le processus qui produit le plus de failles et le plus facile à corriger. Deux listes suffisent :

  • À l’arrivée : comptes à créer, droits à attribuer, matériel remis, charte signée.
  • Au départ : comptes à désactiver le jour même, accès distants coupés, second facteur retiré, matériel restitué, mots de passe partagés dont la personne avait connaissance à faire tourner, redirection de la messagerie organisée.

Le point le plus oublié est la rotation des secrets partagés : désactiver le compte nominatif ne suffit pas si la personne connaissait le mot de passe du compte bancaire ou du portail fournisseur. Ce sujet croise directement l’inventaire du parc, qui doit lister les accès autant que le matériel.

Le second facteur, priorité absolue

Un mot de passe volé ne suffit plus dès lors qu’un second facteur est exigé. La priorité de déploiement est claire : messagerie professionnelle d’abord, puis accès distants, puis outils financiers et administration des systèmes. Tous les facteurs ne se valent pas — une application d’authentification ou une clé physique offrent une protection supérieure au code envoyé par message. Le sujet est développé dans notre article sur l’authentification multi-facteurs.

Ce qu’il faut écrire dans la politique

Une politique de mots de passe tient en une page et répond à six questions : longueur minimale, usage obligatoire du gestionnaire, interdiction de réutilisation entre usages professionnels et personnels, obligation du second facteur sur les accès listés, conduite à tenir en cas de suspicion de compromission, et interdiction de transmettre un secret par message non protégé. Elle s’intègre à la charte informatique pour être opposable, et rejoint les bonnes pratiques de sécurité des accès.

Déploiement en une demi-journée

  1. Choisir un gestionnaire adapté à la taille de l’équipe, avec administration centralisée.
  2. Créer les coffres par service et définir les droits.
  3. Importer les mots de passe existants, puis supprimer définitivement le tableau d’origine et ses copies.
  4. Faire tourner en priorité les secrets les plus sensibles, qui ont circulé le plus largement.
  5. Activer le second facteur sur la messagerie de chacun.
  6. Former en vingt minutes : créer, partager, révoquer.

Questions fréquentes

Un gestionnaire de mots de passe n’est-il pas un point unique de défaillance ?

Il concentre le risque, mais le réduit globalement : coffre chiffré, second facteur, journalisation. Le comparer à la situation réelle — mots de passe réutilisés et notés en clair — plutôt qu’à un idéal théorique.

Faut-il forcer le changement périodique ?

Les recommandations récentes n’y sont plus favorables pour les comptes utilisateurs protégés par un second facteur. Le changement s’impose en revanche immédiatement en cas de suspicion de compromission.

Peut-on utiliser le gestionnaire intégré au navigateur ?

Il vaut mieux que rien pour un usage individuel, mais il ne répond pas aux besoins d’une entreprise : pas de coffres partagés, pas de droits, pas de journal, révocation impossible au départ d’un salarié.

Comment transmettre un mot de passe à un prestataire ?

Par un lien à usage unique et à expiration courte, généré par le gestionnaire. Jamais par e-mail ou message, qui laissent une trace permanente et incontrôlée.

Conclusion

La gestion des mots de passe n’est pas un sujet technique mais organisationnel : un coffre partagé, un second facteur sur la messagerie et une procédure de départ appliquée le jour même suppriment la majorité des scénarios d’intrusion que nous rencontrons. Le tout se met en place en une demi-journée.

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